L’expérience du protocole MBSR

J’ai récemment terminé la lecture d’ ”Au cœur de la tourmente, la pleine conscience” de Jon Kabat Zinn, commencé en même temps que je participais à un cycle MBSR animé par Soizic Michelot – qui pratique elle-même avec lui. Je connaissais les grandes lignes du travail de JKZ, à savoir la création et la mise en œuvre d’un protocole de méditation laïque dans un cadre d’accompagnement de soins. La “clinique du stress” qu’il a fondée dans les années 80 dans le Massachusetts et la qualité des résultats obtenus chez les patients ont été pour beaucoup dans la démocratisation de la pratique de la méditation en occident. Pour autant, je ne m’étais jamais intéressé de près à ses travaux, ni à son protocole.

C’était dans ma vie “un bon moment” pour suivre un cycle MBSR – et comme ils sont pour ainsi dire tous bons 🙃 je ne prenais pas beaucoup de risques. Après plusieurs années de transition(s) sur différents plans – professionnel, géographique, familial – je ressentais une attraction profonde vers le non agir. Depuis quelque temps il m’apparaissait évident, et d’une certaine manière, nécessaire, de m’asseoir et méditer davantage, et pourtant, je ne le faisais pas. Une manière de débloquer la situation aurait pu être de suivre une retraite, j’ai choisi d’inscrire la pratique méditative dans ma vie “de tous les jours”. Me laisser guider dans un cycle structuré me soutenait, et j’étais curieux de vivre ce fameux protocole de “mindfulness” sur 8 semaines dont j’avais entendu depuis longtemps parler en bien par des connaissances qui l’avaient suivi.

En parallèle du cycle MBSR j’ai donc lu ce livre qui en décrit le protocole sous toutes les coutures, la méthode comme les bienfaits, illustré de nombreux témoignages de participants/patients. La chose qui m’a marquée d‘emblée, c’est le ton de l’écriture, que j’ai perçu comme venant directement du cœur de l’auteur. Ce n’est pas une œuvre littéraire, j’y ai trouvé des répétitions, quelques longueurs parfois un peu ennuyeuses, mais son propos résolument humaniste a suscité mon intérêt du début à la fin. L’attention à l’autre, en particulier à l’autre en fragilité, est au cœur du sujet. Et puis, avec le recul, je me suis dit que ces répétitions étaient peut être délibérées, en suivant le même procédé souvent utilisé pour guider les méditations et sans arrêt ramener l’attention sur le” ici et maintenant”.

Jon Kabat-Zinn a écrit “Au cœur de la tourmente” en 1990. Depuis, la situation du monde a pas mal évolué, ce qui rend certains points de vue un peu datés, notamment à propos de la surcharge attentionnelle due au numérique, ou de la perception de la situation globale de la planète (géopolitique, écologique, climatique). Pourtant cela ne change pas le constat de fond d’un iota : la tourmente est partout autour de nous, ainsi qu’en nous. 

En réalité ce constat n’est pas vraiment nouveau, et les propositions sur la manière d’y faire face non plus. JKZ a su laïciser et organiser des pratiques toutes droites issues du bouddhisme et du Yoga dont la valeur tient dans le processus même proposé aux participants, une sorte de bootcamp du travail psychocorporel qui porte des résultats tangibles dès 8 semaines.

La longue liste des indications (et des bienfaits) d’une telle pratique ressemble beaucoup au contenu de la formation de Lionel Coudron à l’IDYT que j’ai suivie il y a une dizaine d’années : douleurs, anxiété, colère, dépression, troubles du sommeil, de l’addiction, …  J’ai découvert une lignée (une influence ?) assez évidente à la lecture du livre, et en même temps quoi de plus normal, quand on associe médecine occidentale et pratiques corps / esprit.

Au fil du cycle MBSR et des pratiques animées par Soizic a peu à peu émergé une évidence, ou plutôt le retour d’une évidence : le caractère essentiel de la non action, la capacité à demeurer dans la présence nue à l’expérience. Quand lors d’une pratique, formelle ou non, je reviens à l’expérience du moment présent, d’une certaine manière tout se tait autour de moi, je suis dans une forme de silence et de liberté absolue. Il est impossible de rendre cette expérience avec des mots, on ne peut pas parler du silence sans le briser, à moins d’entrer dans la poésie. Paradoxalement, pratiquer la non action est un effort. La non action n’est pas l’inaction, et sa pratique régulière nous permet d’agir dans une direction qui nous correspond davantage, à nous comme aux autres. 

Nous sommes si souvent éloignés du moment présent, et il nous est à tous tellement précieux, qu’en définitive les moyens d’amener chacun – y compris soi même – à pratiquer sont des cadeaux magnifiques, comme le sont les travaux de JKZ. Une partie de moi SAIT que le processus naturel de guérison passe par l’acceptation et l’intégration de toutes les parties de moi-même. Se confronter au bazar mental et émotionnel qui régit une grande partie de nos vies demande une préparation adéquate, un travail quotidien. Depuis que j’ai commencé le Yoga il y a 25 ans, je médite formellement de manière assez irrégulière. M’asseoir tous les jours pendant deux mois durant ce cycle c’était un peu comme découvrir une vitesse cachée à mon vélo 🙂

Si comme moi vous cherchiez des raisons rationnelles à la pratique de l’assise méditative, lisez ce livre qui nous invite à faire l’expérience de laisser une place plus importante dans nos vie à des moments de non action, d’observation pure de notre perception du présent, et d’en laisser les effets se déployer d’eux mêmes. 

Merci Jon, merci Soizic 🙏

Alexandre

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