Mon Yoga est Punk

Je continue à explorer ce qui me dépasse et d’y chercher des points à relier. Ainsi, j’éclaire le chemin qui se dessine devant moi, peu à peu. Après le Yoga et le Surf, aujourd’hui je creuse le sillon du Punk.


A lire avec cette playlist en fond sonore, volume maximal conseillé


Bien que sous la torture j’avoue parfois écouter autre chose, je m’éveille très régulièrement les oreilles avec du Punk depuis que j’ai 15 ans. Punk UK, Français, Hardcore US, post Punk, Noise, Grunge, rock indé/alternatif, Surf & Skate Punk, Garage,.., toutes ces formes directement issues d’un concept simple et efficace : l’expression de la frustration du jeune (homme blanc, la plupart du temps), posée avec beaucoup de bruit sur un alibi musical de trois accords.

Maintenant, comment vous expliquer qu’à bien des égards, le Punk me rappelle le Yoga? Car, à première vue, c’est à l’opposé sur tous les plans, je vous l’accorde.

Le bruit / le silence
Le calme / la fureur
L’interiorité / le show
L’attention à soi / l’auto destruction

Demandons à l‘inventeur officiel du Punk s’il pense qu’il y a un pont à établir avec le Yoga…


Iggy Pop

J’ai découvert le Punk au Lycée, au milieu des 80s, c’était l’époque des labels New Rose et Bondage Records, et des Docs Martens dans le catalogue de la Redoute. Les Béruriers noirs, Ludwig Von 88, Dead Kennedys,… A ce moment là j’étais surtout fasciné par le rock anglais : un pote qui captait Radio One sur la radio ondes courtes de son père nous faisait des K7 de Top of the pops et des Peel Sessions. J’ai naturellement tiré sur la ficelle Punk et j’ai pris une première claque avec les Clash, Sex Pistols, Buzzcocks,… La musique m’a parlé immédiatement. L’énergie, l’urgence… Ces mecs là ne mentent pas, je me suis dit!

La sauvagerie des chants, les slogans, mais aussi l’autodérision et l’humour. Les dents et les crêtes vertes, ou jaunes. Le décalage total par rapport à ce à quoi la vie ressemblait autour de moi, dans le Trégor. Et quelques temps après, lorsque j’ai assisté à mon premier concert – Mano Negra, Putas Fever tour, salle de la Cité à Rennes en 1989 – j’ai pris une deuxième claque, avec plusieurs coups de coude dans les côtes en prime.

Le Yoga a pour objectif de nous libérer de nos conditionnements physiques et mentaux, et ainsi nous permettre de Voir l’intangible en nous mêmes et en tout : le Divin, la Conscience.

Un concert Punk n’est pas vraiment une expérience intellectuelle – qui en aurait douté?- mais pour le corps c’est un grand moment de libération. Les vibrations, la chaleur, le mouvement, la (non) danse (pogo), la sueur: c’est l’évacuation garantie des tensions, une catharsis amplifiée électriquement. Il y a ce mélange unique d’expression de colère et de joie. Joie, car pendant une heure ou deux c’est l’expérience d’une Liberté absolue. Pas de jugement social. Danse comme tu veux, crie comme tu veux, habille toi et comporte toi comme tu veux. C’est la plupart du temps bon enfant. Viril, mais correct, et ce respect est libérateur, aussi. Tu peux être la version la plus authentique de toi même sans que personne n’en ait rien à secouer.

L’animalité revendiquée de la musique et des concerts accompagne une manière simpl(ist)e de voir les choses et d’aborder la vie : faire tomber les masques, vivre le présent. L’important, c’est maintenant, et ici. C’est très similaire aux enseignements traditionnels du Yoga.

  

La colère de la jeunesse c’est l’éternelle confusion devant les choix proposés par la société, à 180° des aspirations idéalisées à l’adolescence. A ce moment, notre cerveau est en pleine consolidation, c’est la période de notre vie où nous possédons le plus de matière grise, ou nous atteignons notre potentiel maximal en quelque sorte. Il faut se résoudre à tailler les branches et ça ne se fait pas tout le temps sans heurt.

Le Punk, c’est Voir et dire les choses comme elles sont : dénoncer la crasse, l’hypocrisie et l’absurdité de certains fonctionnements de nos sociétés. Porcherie. Beaucoup voient un manque de maturité dans le Punk, j’y vois au contraire une preuve de lucidité. La réalisation pleine et entière des limites de la société humaine contemporaine. En prendre acte, et aller de l’avant, même si c’est droit dans le mur à toute vitesse.


Joy Division – An ideal for living

Le Punk, c’est cette envie plus forte que soi de faire tomber le décor, de dire à quelqu’un ses quatre vérités, de parler librement dans des situations ou la pression sociale impose le contraire. Exhiber une crête et une épingle à nourrice dans l’oreille, c’est Punk, bien sûr. Aucun doute, le message affiché est clair : “je ne me plierai pas à vos règles, je ne serai pas une partie de votre truc”. Mais on peut être Punk et ressembler à tout le monde. Certains cultivent l’art de l’irrévérence en infiltrant à leur manière certains milieux cloisonnés, pour mieux y poser des miroirs – ce qui peut demander autant de courage que de se faire une iroquoise verte. L’irrévérence quand elle est justifiée, c’est salutaire, et l’humanité évolue ainsi, grâce au courage de quelques uns. En Yoga, il est traditionnellement indiqué qu’il faut passer les enseignements transmis par le maître au crible de son propre jugement.

 


Un sacré Punk, ce Jésus!

Très souvent, on associe Punk à auto destruction, à juste titre quand on regarde les ravages de la drogue et de l’alcool dans le Punk hall of fame. En effet, même s’il existe des courants No drugs comme le Straight Edge et son excellent groupe emblématique Minor Threat, c’est une réalité : un Punk sobre, c’est rare. Dans cette catégorie, le groupe Punk birman présenté dans le documentaire My Buddha is Punk crie “FUCK OFF!” aux fondamentalistes religieux bouddhistes qui oppriment la minorité Rohingya.

 

Pourtant, essayer de reproduire la transcendance de l’expérience musicale avec des substances est une impasse, à plus ou moins longue échéance. L’addiction est par définition une perte de liberté, ce que le Punk chérit le plus, originellement.

« Punk is musical freedom. It’s saying, doing and playing what you want. In Webster’s terms, ‘nirvana’ means freedom from pain, suffering and the external world, and that’s pretty close to my definition of Punk Rock.”
– Kurt Cobain

Quand elle ne se retourne pas contre soi, le Punk est une force de destruction positive, comme l’est Shiva, Dieu que beaucoup d’indiens vénèrent. Avant de construire quoi que ce soit il faut d’abord faire table rase de l’existant déliquescent. La destruction pour permettre la naissance. L’anti conformisme du Punk force le discernement et ouvre la porte de la présence à l’instant. Le Punk s’expérimente et permet d’aider à Voir, comme le Yoga.

Je ne ressemble pas à un Punk, je n’ai jamais réellement adopté un comportement auto destructeur – en tous les cas sur le long terme – je suis de nature trop anxieuse. En définitive, je pense que vous l’avez compris, mon Punk est assez Yoga 🙂 Et naturellement, mon Yoga est assez Punk, bien que mes cours se déroulent sans musique 🙂

A bientôt à un concert, ou sur un tapis!

3 réponses sur “Mon Yoga est Punk”

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