Surf & Yoga – Le corps

J’ai bien assez parlé de moi dans les deux billets précédents, je vais maintenant aborder un sujet autrement plus important, un sujet essentiel, même. Très certainement la seule occupation qui mérite qu’on y consacre sa vie entière : le Surf.

“Bonjour, je m’appelle Alexandre et je suis un surfer.”
“Bonjour Alexandre!”

Rassurez vous je ne vais pas vous livrer ma définition de ce qu’est le Surf ou de ce qu’il représente pour un surfer… déjà car tout le monde voit ce que c’est : un type (une fille) sur une planche qui se déplace sur une vague, mais surtout parce ce que tout a été dit et redit sur le sujet. Car le Surf, par la fascination qu’il provoque chez son pratiquant, a suscité la création d’une multitude d’oeuvres, certaines géniales : romans et essais, peintures, sculptures, documentaires et fictions, musiques,… Le Surf est une métaphore de la vie, une source d’inspiration sans fin, au même titre que le Yoga, par exemple.
Ben tiens, vous me voyez venir!


Ainsi, et de la même façon, beaucoup a déjà été écrit sur la relation plus qu’étroite qui existe entre le Surf et le Yoga. Cependant, j’ai quand même envie de vous donner mon point de vue, ne serait ce que pour le plaisir d’enfoncer avec mes propres épaules quelques portes déjà grandes ouvertes.

Avant de commencer cet article j’ai googlé “Surf Yoga” et je suis resté sidéré par le résultat : première sortie “575 retraites de yoga et de surf partout dans le monde”… Et oui, le Surf et le Yoga vont très bien ensemble, c’est une évidence depuis les 60s et les mouvements de contre culture issus de Californie et d’Australie où ils se sont rejoints pour la première fois. Flower power, culte du corps, retour à la nature et refus de la société de consommation, expériences psychédéliques : un terreau fertile au développement personnel conjugué à deux des meilleures zones de Surf de la planète.

Le surfer est par essence un voyageur, un chercheur en quête permanente de vagues, et c’est naturellement qu’il a trouvé le Yoga sur sa route. Depuis les beach bums hippies et Surfing Swami, en passant par les hawaiiens comme Gerry Lopez, de nombreux ponts se sont créés entre les deux activités. Le Surf connaît depuis les années 90 une progression très forte du nombre de ses pratiquants, et c’est aussi le cas pour le Yoga, voire même davantage, notamment aux US. Cela aboutit aujourd’hui à leur exploitation commerciale massive, au détriment selon certains de leurs intérêts respectifs (ce qui à mon sens est faux car l’intérêt commun au Yoga et au Surf relève du diamant brut inaltérable, mais j’en reparlerai plus tard).

En résumé : le surf c’est hype, le Yoga aussi, et la conjonction des deux, encore davantage!
Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles ça se marie si bien, certaines évidentes, d’autres plus subtiles. Je vais commencer par évoquer les aspects qui concernent le corps dans ce premier article, suivra un second qui traitera de ce qui relève de l’esprit.

 

SURF ET YOGA – LE CORPS

 

NEWSFLASH : le Surfer, comme l’être humain (et comme le Yogi), a un corps, qu’il utilise pour la seule activité digne d’intérêt à ses yeux : surfer. Car le surfer n’a véritablement qu’un objectif : surfer, encore et toujours. En toute logique cela implique qu’il ménage sa monture, afin qu’il puisse surfer plus intensément, multiplier et enchaîner les sessions, ou encore surfer le plus tard possible dans sa vie. Le Surfer hait les blessures, être témoin de vagues parfaites sans pouvoir les surfer s’apparente pour lui à une forme extrême de torture.

Qu’est ce qui distingue un bon surfer de la masse? Le style.

Au delà de la technicité, de la puissance ou du répertoire de manœuvres, il y a unanimité chez ses pairs sur un surfer stylé : la trajectoire juste, mélange d’économie de mouvement, d’aisance et de grâce dans la radicalité.

Gerry Lopez, exemple iconique du Surfer stylé, dit que la première fois qu’il a vu un type faire du yoga il s’est tout de suite dit qu’il voulait bouger comme lui, mais sur son surf. Gerry Lopez est un Yogi accompli depuis une cinquantaine d’années, et il est connu pour faire à 68 ans des sessions de plusieurs heures dans des vagues “de conséquence”, en Indonésie ou à Hawaii. Dave Rastovich est une autre illustration de ce que peut amener une pratique régulière du Yoga dans la vie et le style d’un surfer : une fluidité et une harmonie exceptionnelle avec les vagues. Bien entendu en se mettant au Yoga on ne devient pas du jour au lendemain un Lopez ou un Rastovich, ce sont à la fois des Yogis aboutis totalisant des décennies de pratique et des surfers d’exception. Néanmoins il est possible de les considérer comme des inspirations, même si d’autres surfers au style incroyable comme Tom Curren ou JJ Florence n’ont probablement jamais mis les pieds sur un tapis de Yoga.

Early 70s Lopez chez lui à Pipeline
https://www.youtube.com/watch?v=oDbEXCCyBfg

Rastovich en Inde dans “Castle in the sky” de Taylor Steele
https://www.youtube.com/watch?v=J8LrlUoPYCM

Grâce à la pratique régulière du Yoga il est possible de développer sa souplesse – ou plutôt de l’équilibrer – pour progressivement se mettre à bouger comme un chat qui aimerait l’eau.

Avec une bonne position de rame, on peut amener pendant l’effort une respiration juste et provoquer le relâchement musculaire de chaînes qui n’ont pas besoin d’être actives, et ainsi faire travailler le corps de manière plus efficace, à l’image d’une mécanique bien ajustée, et huilée. Moins d’efforts lorsqu’il n’y en a pas besoin, moins de tensions, moins de fatigue, plus de dynamisme au moment voulu => plus de contrôle sur la vague, et plus de vagues. BINGO.

Sthira Sukham Asanam : c’est le concept de posture juste en Yoga, un mélange de vigilance et d’aisance qui permet un contrôle et une tenue dans le temps. La rame devient une posture.

[Note: pour les non surfers qui sont arrivés à me lire jusqu’ici, et qui ne le sauraient peut être pas : un surfer passe en fait peu de temps debout, et en comparaison beaucoup de temps à ramer allongé]

Au delà, la souplesse et le gainage acquis avec la pratique rendent le take off plus fluide et contrôlé, et une fois debout sur la vague on développe un relâchement et une conscience du corps qui sont clefs dans la progression des manœuvres.

Aujourd’hui beaucoup de surfers professionnels pratiquent le Yoga, c’est une réalité de leur préparation physique, au même titre que la musculation ou la nutrition. Les exemples sont nombreux, mais Kelly Slater l’incarne certainement le mieux car il est connu pour avoir optimisé le moindre aspect concernant son Surf. On peut aussi évoquer Taylor Knox qui est l’un des premiers pros à avoir promu le Yoga via la série “Yoga for surfers” de Peggy Hall. Dans un autre registre, des surfers professionnels de grosses vagues comme Mark Healey ou Greg Long sont également pratiquants de Yoga, avec une démarche qui va au delà du corps car ils s’attachent à calmer l’esprit pour se préparer à des conditions de surf potentiellement mortelles. Dans ce genre de configuration, garder son calme est essentiel, et la maîtrise de la respiration, primordial.

La pratique régulière du surf développe le corps de manière déséquilibrée, déséquilibres qu’il faut corriger avant qu’ils ne s’installent et créent les problèmes qu’on a tous connu un jour ou l’autre : douleurs aux lombaires, aux hanches, aux épaules, à la nuque,…
La position de rame favorise une cambrure lombaire marquée, les côtes sont ouvertes, peu gainées, la nuque souvent en hyper extension, et l’effort de la rame en lui même provoque une rotation interne des épaules en sollicitant beaucoup les grands dorsaux et deltoïdes antérieurs… En résumé, la rame favorise une exagération des courbures naturelles du dos.
Et lorsque le surfer part sur une vague et se met debout, la position asymétrique des pieds induit sur un autre plan des déséquilibres supplémentaires dans les hanches et le dos. Ces derniers sont généralement moins puissants que ceux induits par la rame, sauf peut être dans le cas des bons surfers, qui passent beaucoup de temps debout 🙂 et surtout transmettent beaucoup de puissance en rotation entre le haut du corps et la planche lors des manœuvres.

La pratique du Yoga est par essence équilibrante, donc toute pratique régulière bien faite améliorera la posture du surfer et contribuera à la prévention de blessures.

Typiquement pour un surfer il peut être intéressant de privilégier certaines postures, notamment pour

– Étirer la chaîne postérieure : pinces, triangles, fentes,..
– Renforcer la chaîne antérieure : planches, corbeau, bateau,..
– Ouvrir les hanches : triangles, fentes, torsions, postures assises,..
– Ouvrir les épaules : chien, aigle, tête de vache,..
– Faire travailler les membres inférieurs en ancrage : postures debout, équilibres,..

Dans toutes ces postures, ou même dans toutes les postures, il est vraiment important de se concentrer sur un travail en auto agrandissement permanent, depuis le coccyx jusqu’à la nuque, afin d’allonger la colonne et mettre en place une respiration diaphragmatique juste, facteur de relâchement.

En surf la stabilité du bassin est primordiale lors du take off, de la rame ou des manœuvres. L’apprentissage de l’activation du périnée, du transverse et des obliques permet cette prise de conscience qui peu à peu pourra s’engrammer dans le corps au fil de la pratique. De la même manière, dans beaucoup de postures, l’attention à la rotation externe des bras et la descente & fixation des omoplates par l’activation des rhomboïdes permettra de diminuer l’impact de la rame et augmentera la longévité des épaules.

Différentes pratiques de Yoga sont souhaitables selon le moment : à distance d’une session de surf, en échauffement ou bien en récupération. J’ai par exemple appris à mes dépends que deux heures d’Ashtanga n’étaient pas si profitables après une grosse session 🙂 et j’ai désormais réservé les pratiques de Yoga dynamique à mes jours “non surf”. Mais c’est très personnel, et vous seuls serez peu à peu en mesure d’adapter vos pratiques en fonction de vos journées et de votre niveau d’énergie. Comme pour le surf, il faut pratiquer et pratiquer encore, et c’est à force de pratique que vous intégrerez les schémas posturaux et de respiration qui vous permettront de surfer mieux, et plus longtemps.

Un mot sur mon expérience : je suis un piètre surfer, et j’utilise habituellement deux excuses

1- Avoir commencé le Surf à 33 ans, après avoir longtemps pratiqué le bodyboard (le Yoga est également excellent pour équilibrer la pratique du bodyboard, encore plus traumatisante pour la région lombaire)
2- Surfer relativement peu fréquemment, de l’ordre d’une centaine de fois par an (les bonnes années)

Néanmoins, à bientôt 46 ans, je continue (très doucement) à progresser en surfant les mêmes tailles de planche et en limitant grandement les pépins physiques (hors conséquences de chute) et ça ne serait simplement pas possible sans le Yoga. J’aime la pratique du Vinyasa et de l’Ashtanga car les mouvements de liaison entre chaque posture sont très proches des mouvements de take off, de rame et de canard. Les pratiquer encore et encore sur le tapis, en pleine conscience et en rythme avec la respiration, me permet de les inscrire avec la position juste dans la mémoire de mon corps, en relâchement.

Et puis, après quelques mois de pratique, vous constaterez d’autres effets qui auront aussi un transfert direct sur votre Surf. Par exemple l’amélioration de votre capacité d’attention qui vous aidera à mieux fonctionner dans le moment présent, en accueil de ce que l’océan vous propose dans l’instant… Mais on touche là des thèmes que j’aborderai dans le prochain billet!

A bientôt, et bon surf!

 

6 réponses sur “Surf & Yoga – Le corps”

  1. Bonjour Alexandre,
    En temps que « vieux surfeur » de bientôt 50 ans, modeste salarié d’une « world company » qui se pose des questions sur le sens de la vie !! J’ai lu avec beaucoup de plaisirs ton blog et je te souhaite une pleine réussite pour cette reconversion.
    Quel conseil donnerais tu pour trouver la bonne école de Yoga (je suis dans le 29, si tu as des confrères à recommander entre quimper et Brest, je te remercie) ?
    JY

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